La Liberté

La Franc-maçonnerie est d’abord une alliance d’hommes Libres de toutes confessions et de tous horizons sociaux.

Basée sur la tolérance, elle est riche de cette diversité confessionnelle et sociale qui s’épanouit dans une direction commune : celle de suivre chacun le chemin de perfectionnement qui lui est propre.

Pour cela, la Franc-Maçonnerie fournit à chaque personne qui veut travailler sur soi-même les outils du Symbolisme et de la Tradition. Elle est une école de vie et un enseignement de conduite morale ou chacun peut s’épanouir par lui-même.

Elle est une Fraternité qui permet de s’enrichir de chacun et de répondre concrètement aux problèmes que notre temps pose à chacun d’entre nous à travers la multiplicité des points de vue. La modernité n’appelle plus une pensée monolithique mais à prendre en compte la complexité et la richesse de nos relations.

Elle est une démarche spirituelle, structurée à la fois en tant qu’organisation humaine et en tant que chemin.

L’organisation maçonnique est là pour assurer la liberté et l’indépendance de travail de chacun tout en assurant un soutient collectif. Le chemin est fait d’étapes qui permettent d’évoluer progressivement sans qu’aucune relation de pouvoir ne soit possible. Par ce mélange, qui peut paraître étonnant, de liberté individuelle et de tradition, la Franc-maçonnerie a ainsi survécu intacte du 18e siècle à nos jours en étant, en même temps, toujours la même et jamais dépassée.

Les membres des Loges libres ne risquent pas de mourir de faim mais des épreuves les guettent. 

Des épreuves matérielles, certes.

Souvent, ce qui empêche les frères et les sœurs de franchir le pas de l’indépendance, c’est le risque de ne plus être reconnus par ceux qui leur refusent alors de travailler sous le même toit.

Et trouver un refuge n’est pas toujours aisé !

En effet, il est onéreux de louer un espace que l’on n’occupera au mieux que quelques soirées par mois et s’installer de façon précaire dans un local provisoire à chaque tenue peut s’avérer à la fois pénible et lassant. Dans les deux cas, il faut faire l’apprentissage de la pauvreté ou tout au moins de l’inconfort, loin du douillet cocon des bâtiments officiels.

Des épreuves psychologiques, aussi.

Il n’est pas facile de se couper de ce qui apparaît comme la maçonnerie universelle.

Certes, des frères et des sœurs peuvent continuer à visiter les frères et les sœurs dissidents, dans la mesure où ils ont la personnalité suffisante pour résister aux pressions qui s’exercent sur eux afin que l’isolement des « hérétiques » soit efficace.

Mais surtout, comment supporter d’être considéré comme d’ex-frères ou d’ex-sœurs quand on sait que cette notion est totalement contraire à la signification de l’initiation ? Comme disait René Guénon : « Une fois qu’elle est reçue, la qualité initiatique n’est nullement attachée au fait d’être membre actif de telle ou telle organisation. Dès lors que le rattachement à une organisation traditionnelle a été effectué, il ne peut être rompu par quoi que ce soit, et il subsiste alors même que l’individu n’a plus avec cette organisation aucune relation apparente. Le lien établi par le caractère initiatique ne dépend en rien de contingences telles qu’une démission ou une exclusion qui sont d’ordre simplement « administratif ». Il est donc tout à fait inexact de parler d’un « ex-maçon » comme on le fait couramment. »

Surtout, la raréfaction des contacts avec les autres maçons manque à la formation des jeunes apprentis. C’est pourquoi il est nécessaire que la loge libre puisse nouer des relations avec d’autres loges, libres elles aussi, ou affiliées aux rares obédiences refusant le sectarisme.

Des épreuves initiatiques, enfin :

Même si les loges obédientielles n’en sont pas exemptes, les risques de dérives liées à la personnalité des frères ou des sœurs sont peut-être encore plus grandes dans une loge libre.

En effet, celles-ci n’ont pas le garde-fou de la mobilité maçonnique qui, dans la maçonnerie obédientielle, permet aux membres mécontents ou déçus d’un atelier d’en rejoindre un autre. Et il n’y a plus, « au-dessus », la pression normative de l’obédience s’efforçant d’éviter toute vague (même une vaguelette) qui pourrait porter atteinte aux intérêts du groupe qu’elle gère.

Ainsi, la Loge libre risque la dérive sectaire ou la soumission à un guru qui s’en emparera par séduction, ruse ou menace, et l’entraînera dans des chemins d’errance ou des impasses. 

Comment donc se préserver de ces errances ?

Une Loge libre ne vivra que si elle apporte à l’Orient qui l’abrite un souffle à la fois nouveau et ancien, en rupture évidente avec la maçonnerie obédientielle qui tient le devant de la scène.

Il faut qu’elle fasse de sa pauvreté, de son isolement et de sa liberté les meilleurs atouts de son utilité initiatique.

Sa pauvreté la protégera des tentations de la routine et de l’embourgeoisement ; elle l’aidera à accueillir des frères et des sœurs provenant de milieux et de classes d’Age qu’on ne voit plus ou qu’on n’a jamais vus dans la maçonnerie courante : des jeunes et des chômeurs, les deux peut-être ? Nous voilà bien loin de la maçonnerie de l’élite économique et politique, objet de tous les fantasmes du monde profane !

Son isolement la protégera des tentations de la gloire (ou plutôt de la gloriole) et de la fausse fraternité des relations pour retrouver la vraie fraternité du travail initiatique collectif. Il lui évitera aussi de rechercher la médiatisation et la reconnaissance des puissants.

Sa liberté la protégera du conformisme et du « politiquement correct », qui attendent d’un maçon qu’il soit humaniste, démocrate, républicain, « progressiste », que sais-je encore ? Sans qu’on se pose de questions sur le sens de ces mots et leur place dans la démarche initiatique.

C’est cela qui fera de la loge indépendante un refuge pour les hommes et les femmes libres. Le fameux adage, trop souvent employé à tort et à travers dans les loges maçonniques, pourra enfin prendre ici toute sa force et toute sa vigueur : « un maçon libre dans une loge libre ».

Mais liberté ne veut pas dire errance sans boussole et il ne faut pas confondre la démarche initiatique avec une auberge espagnole. Dans l’auberge initiatique, les plats sont prêts à l’avance mais il faut découvrir la substantifique moelle qui y est cachée.

Il faut soumettre notre liberté à l’examen de la Tradition et de la Régularité.

La Régularité, bien entendu, n’a rien à voir avec la reconnaissance administrative de quelque Grande Loge ou Grand Orient, autoproclamé dispensateur de légitimité maçonnique.

Quant à la Tradition, ce n’est pas un vague respect de coutumes dont on apprécie l’éclat cérémoniel.

Non ! Tradition et régularité font allusion à la transmission de l’influence spirituelle dans des circonstances précises et selon des règles qui en garantissent l’origine.

VM Jean Claude Lacalle